Alors on a envoyé un petit mail pour savoir si c'était possible de venir donner un coup de main pour servir des repas aux sans-abris. Réponse positive ! Génial. La date est casée dans les agendas, décembre, on bravera le froid, pour eux.
On est arrivées, enroulées dans nos grandes écharpes, avec une naïveté qu'avec du recul je trouve vraiment utopiste.
"Les gens qui aident les autres sont des gens biens". Naïves, je vous dis.
Un autre groupe d'étudiant est présent, ils ne semblent pas très ouverts mais peu importe, allons leur parler ! Pas vraiment de réponses à nos questions, des mines fuyantes, ils viennent ici régulièrement. Quelles belles âmes. Et puis viennent les remarques "vous savez, association sdf, ça veut dire solidarité des français". Ah. Il y a anguille sous roche. Après tout ce n'est pas grave, on continue à distribuer les boissons, le pain, la choucroute, les desserts... "Nous on aide pas tout le monde, les gens qui viennent ici, c'est des vrais français, qui sont à la rue parce que les étrangers prennent tous les emplois"... "Eh toi ! T'as rien à faire ici !", "Nous on veut aider les nôtres avant les autres". Bordel. Où est-ce qu'on est tombées ? Crispation. Et puis les gens qui sont là, patients... On doit aller jusqu'au bout.
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| Image du blog http://adieu-et-a-demain.fr/ |
Et des mots qu'on ne veut pas entendre "j'ai fait la guerre avec Le Pen haha" et "ils vont pas dans les centres d'hébergement, les employés sont noirs, on peut quand même pas se laisser diriger par des noirs"... On serre les dents. On peut rien dire, pas maintenant, ils sont 6 ou 7, que des hommes. On ne sait pas comment ils peuvent réagir, et on flippe. "Nous on trouve que Marine Le Pen elle est trop gentille, nous on est plutôt du côté des skinhead". Alors on dit oui, oui on va devoir y aller, oui on reviendra peut-être. Et on trace, vite.
On ne sait plus quoi penser, on vient tout juste d'aider des dizaines de personnes, qui nous ont rendu des sourires et qui pour la plupart n'étaient là que pour manger. Avec des gens ignobles. On se sent mal, vraiment.
Sans le savoir, on a donné "la soupe aux cochons", ou "soupe identitaire" pratique interdite en France qui consiste à distribuer des plats à base de porc aux sans-abris. Les associations existent sous divers noms, "association sdf", "solidarité alsacienne", "bloc identitaire"...
Et ça fait froid dans le dos, encore aujourd'hui.


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